ORIGINE DU LAPIN

 Article de Monsieur Jacques ARNOLD ancien Conseiller technique de l’A.E.L.F.B., de l’Académie d’Agriculture de France et Président délégué de la fédération française de Cuniculture. « Lapins & lapereaux N° 125 de 1995 »

 

1) Introduction

Plus de quarante années d’investigations ininterrompues nous ont permis de suivre le lapin et son élevage à travers les âges. La contribution que nous souhaitons apporter ici s’insère dans le cadre des études ethno zootechniques qui leur ont été consacrées au cours des dernières années, dont les plus importantes émanent de J. ROUGEOT (26) en France et de J. SANDFORD (29) en Angleterre.

 

Tout d’abord, il n’est pas inutile de rappeler les principales caractéristiques du lapin. Ce petit animal casanier, sociable, facile à manipuler et à modifier, présente une grande diversité d’expressions phénotypique relative au type, à la taille, à la structure et à la pigmentation des phanères, qui correspond à un polymorphisme génétique important.

 

L’espèce est prolifique, capable de satisfaire à des besoins alimentaires urgents moyennant des installations simples et peu coûteuse, voire sommaires. Sa viande est riche en protéines, assez pauvre en lipides et d’un niveau énergétique modéré. Elle constitue un apport très intéressant en conditions autartiques. Son comportement pacifique, sa familiarité sont des atout attractifs qui vont jusqu’à en faire un animal de compagnie apprécié. A toutes les époques, le lapin a donné lieu à des représentations symboliques qui ont suscité aussi bien des allégories pleines de charme que des tabous repoussant (12)

 

2) Rappel Zoologiques

            Le lapin, dont le nom spécifique est Oryctolagus cuniculus Linné 1758, appartient, à l’intérieur des mammifères placentaires, à l’ordre des Lagomorphes, Gidley 1912, qui se différencie de l’ordre des rongeurs par quelques particularités anatomiques : mouvement latéral des mâchoires, deux paires d’incisives au maxillaire supérieur, nombre de doigts différent,… l’absence de canines avec diastème prolongé étant commune aux deux ordres.

 

            Le genre Oryctolagus, Lilljeborg 1874, s’insère dans la famille des Leporidae, Gray 1821, par l’intermédiaire de la sous famille des Leporinae, Trouessard 1880, qui englobe également les genres Sylvilagus (lapins Américains à queue courte) et Lepus (lièvres typiques).

 

            Signalons aussi quelques particularités anatomiques. La tête du lapin est moyennement longue, les os naseaux étant plus longs à l’arrière qu’à l’avant.  Le palais osseux est court alors que l’arc jugal est développé. Les lèvres mobiles et préhensiles sont fendues à leur partie supérieure (philtrum). Ces vibrisses (long poils tactiles) se détachent au niveau des narines. Situés latéralement sur les côtés de la tête, les yeux des lapins de garenne ont un iris brunâtre alors qu’il est jaunâtre chez le lièvre.

 

            Végétarien très polyphage (herbe, graines, racines), le lapin a un tube digestif très développé (quatre à cinq mètres). Le phénomène de caecotrophie consiste, après ingestion à leur sortie de l’anus de boulettes molles agglutinées par le lapin, à un second passage de ces matières humides et de composition spécial à travers le tube digestif (15).

 

            Ajoutons que :

-          les muscles striés sont blancs chez le lapin alors qu’ils sont rouges chez le lièvre,

-          le nombre de chromosomes (2n) est de quarante-quatre chez le lapin et quarante-huit chez le lièvre,

-          la gestation, après ovulation provoquée, dure quarante jours chez le lièvre alors qu’elle est de trente-deux jours chez le lapin,

-          les lapereaux naissent glabres, les paupières closes et inertes, alors que les levrauts naissent velus, les yeux ouverts et se déplacent aussitôt.

 

3) Période originelle

 

            L’origine ibérique défendue par Zeuner (34) semble aujourd’hui se confirmer avec l’apport des études réalisée à partir de l’ADN mitochondrial, tant sur les fossiles que sur les animaux contemporains. Il s’agit d’un marqueur génétique, désormais très utilisé pour l’établissement des phylogénies.

 

            Les travaux sur l’ADN mitochondrial du lapin ont commencé au milieu des années quatre-vingt sur des sujets en provenance de l’île de Zembra (Tunisie) et des lapins de race Fauve de Bourgogne. Ces recherches ont été menées par une équipe franco-tunisienne de biologistes (Ennafaa H., Monnerot M., El Gaaied A. et Mounolou JC) et publiées en 1987 (13). Plus récemment, il convient de mentionner l’important travail de CH Biju-Duval (4) en 1992 et le rapport présenté au colloque BRG-INRA de Montpellier en 1993, par les équipes du centre de génétique moléculaire (CNRS) et du Laboratoire d’anatomie comparée du muséum de Paris (Monnerot M., Vigne JD.,Mounolou JC.) (22). Il en ressort que deux lignées maternelles d’ADNmt ont pu être mises en évidence : l’une dite A, en provenance d’un site d’Andalousie (las Lomas) et l’autre B, relevées dans d’autres régions d’Espagne ainsi qu’en France notamment. Des sous-groupes ont été aussi identifiés, en particulier au sein du groupe B, lesquels caractérisent un certain nombre de site archéologiques et que l’on trouve dans les lapins domestiques actuels. De ces investigations qui se poursuivent et qui apportent un complément très bénéfique aux examens morphologiques pratiqués jusqu’ici, il se dégage une conception de l’évolution de l’espèce lapin qui peut se résumer ainsi : à partir du pléistocène moyen jusqu’à l’Antiquité, les lapins n’auraient occupé que l’Espagne et une étroite bande du sud de la France, sous des conditions climatiques variées. Il a même été question de « foyer relictuel », C’est-à-dire de zones privilégiées, n’interrompant pas le cycle vital de l’espèce et évitant ainsi la discontinuité entre les sous-espèces.

 

            Les plus anciens restes d’Oryctolagus cuniculuc examinés par E. Donnard (11) datent de mindel pour le gisement de Montoussé (Hautes-Pyrénées) et de l’interglaciaire Mindel-Riss pour le gisement de Lunel-Viel (Hérault).

 

           Il y a aussi lieu d’ajouter aux apports de la biologie moléculaire que l’île de Zembra, à plusieurs reprises inspectée par JD. Vigne (32), a montré une appartenance au groupe B de l’ADNmt examiné (fossiles et sujets vivants), ce qui a quelque peu relégué le rôle des Phéniciens dans l’introduction du lapin sur cette île. Reste cependant, à propos de ce peuple navigant, l’Etymologie du mot Espagne rattaché au Daman (Hyrax siriacus), petit mammifère dispersé jadis en Syrie, Palestine,… et plus connu sous le nom de Saphan ou shephan en hébreu, le tout conduisant à hisphania, Espagne, le « pays des Damans » (I shephan in) devenu pays des lapins.

 

4) Période Antique

 

            Un examen rapide des relations déjà publiées à ce propos (23, 26, 29) nous apprend que la Grèce archaïque et classique n’aurait pas connu le lapin. En effet, les grands auteurs tels Xénophon, Aristote n’en parlent pas. Par contre, Polybe (210-122 av. JC), historien de la conquête romaine, l’énumère parmi les animaux rencontrés en corse, l’appelant Kouniklos et le distinguant du lièvre. Cependant, JD Vigne (31) qui a consacré récemment une importante étude archéozoologique à la corse, pense qu’à cette époque, il ne s’agissait pas du lapin (O. cuniculus), absent des gisements, mais d’une espèces aujourd’hui disparue, le lapin-rat, Prolagus sardus, répandu alors en Corse et en Sardaigne et appartenant à la famille des Ochotonidés.

 

            Différents auteurs romains, à l’époque de César, ont signalé que les légions impériales ont trouvé abondamment du lapin en Espagne. Catule (86-40 av JC) appelle ainsi ce pays Cuniculosa, tant il abonde en lapins. Strabon (63 av. JC -29 ap. JC) évoque la province espagnole de la Bétique (Andalousie) où la propagation des lapins est un véritable fléau. Varon (116-26 av. JC), polygraphe latin, décrit l’espèce dans le troisième livre de son traité d’agriculture, recommandant son élevage dans les Leporaria, ancêtres des garennes du moyen âge ; enclos plus ou moins clôturés et peuplés d’autres animaux recherchés pour leur viande.

 

            Les agencements qu’il décrit paraissent variés et comprennent des lieux d’engraissement isolés. S’agissait-il de cages ? Quoiqu’il en soit, ces leporaria semblent constituer un embryon d’élevages organisés. Pline l’ancien (23-79 av. JC) (24), dans le livre huit de son encyclopédie, nous entretient des dégâts causés par les lapins dans les îles Baléares et décrit les « laurices », fœtus ou lapereaux nouveau-nés, consommés entier sans être vidés par les ibères, puis par les Romains. Les moines au moyen age reprirent la tradition même durant le carême, car les laurices étaient considérés par eux comme des mets aquatiques !

 

5) Période Médiévale jusqu’au dix-septième siècle

 

            En dehors des monastères, le maintien et la gestion d’animaux destinés à être chassés ou à constituer des réserves deviennent une préoccupation importante. Des espaces plus ou moins étendus, progressivement clos, sont aménagés à l’intérieur de territoires délimités par les droits de propriété ; ils prennent le relais des leporaria.

 

            Il se constitue ainsi des concentrations d’animaux aux caractéristiques relativement bien définies à partir desquelles le lapin va se diffuser plus largement. Ces espaces protégés et réglementés furent appeler garennes à lapin, également parcs à gibier. Des traités de vénerie ou des ouvrages agronomiques ont décrit leurs différents aspects.

 

            Au seizième siècle, CH. Estienne et Olivier de Serres (6, 20, 23) donnèrent des conseils sur la conception et la bonne marche de ces installations dans leurs traités d’agriculture. Fin du dix-huitième siècle, PJF Luneau de Boisjermain (18), défendant vigoureusement le droit de garenne, encore appelé bande garenne, s’étendit sur l’importance de son rôle économique. En 1986, E Zadora-Rio (33) fit une excellente synthèse sur les parcs à gibier et sur les garennes à lapins. D’abord déclaré droit régalien à l’époque carolingienne, le droit de garenne appartint ensuite aux seigneurs qui gardaient pour eux des réserves à gibier.

 

A l’origine, elles furent constituées de bois, de taillis ou de bruyères où les lapins vivaient en liberté. Cette situation primitive se transforma peu à peu et abouti au milieu du treizième siècle aux garennes dites closes. Ces endroits avaient une fonction économique, mais aussi une connotation de prestige pour les seigneurs, selon l’état de leur peuplement et la gestion des ressources. Elles côtoyaient les terres cultivées qui faisaient l’objet d’aménagements important : assainissement, défrichement…

 

            Inéluctablement, des conflits humains de proximité se faisaient jour à propos des dégâts causés par les animaux.

 

            Après un certain nombre de mesures limitatives prises au cours des siècles, le droit de garenne fut supprimé le 4 août 1789. Selon luneau de Boisjermain, les conséquences de cette mesure ne se firent pas attendre, car la destruction aussi anarchique que massive des animaux qui en résultat engendra une diminution importante de la consommation de viande à la campagne.

 

            Ce qu’il convient de ne pas oublier, c’est que les apports ou retraits circonstanciés qui se produisaient sur l’ensemble des animaux ainsi parqués étaient l’expression d’une gestion plus ou moins rationnelle selon le savoir-faire des exploitants. Comme l’a bien perçu Zadora-Rio, ces garennes ont été, pour les lapins, des réserves aménagées pour favoriser leur reproduction. Au cours de toute cette période un brassage assez considérable de population a laissé entrevoir la possibilité, dés ce moment, de la domestication de l’espèce. Des auteurs du seizième siècle, tels Agricola et Gesner, ont signalé la présence de lapins diversement colorés, ce qui serait un indice de domestication.

 

            A mon avis, il paraît encore tout à fait prématuré de parler de lapins domestiques au seizième ou dix-septième siècle, même si certains comportements ponctuels peuvent le laisser supposer et, en particulier, en ce qui concerne les singularités de coloration. R. Delort (8) a, du reste, établi un net distinguo entre la domestication et l’apparition de lapins de coloration varié : noir, blanc, panaché, etc… Il s’agit là d’un témoignage du polymorphisme de l’espèce au niveau de la pigmentation.

 

            Dans de nombreux tableaux, les peintres flamands ou vénitiens ont fait figurer des lapins de divers coloris, souvent tavelés ou à panachure plaquée.

 

            La vogue des lapins argentés en Angleterre, soulignée par les écrits de Markham au dix-septième siècle que cite Darwin (7), ne trouve pas davantage leur domestication à cette époque.

 

            L’élevage du lapin en Europe de l’Ouest, du onzième au dix-septième siècle, reste caractérisé par la garenne peuplée d’animaux apprivoisés au mieux, mais non encore domestiqués.

 

6) Dix-huitième et Dix-neuvième siècle

 

            Dans la première partie du dix-huitième siècle, les traités anglais d’agriculture et de jardinage incitent à élever partout du lapin, constamment considéré comme appoint alimentaire. C’est le cas pour Mortimer (1708) et Bradley (1724) (29). Mortimer fait en plus mention du lapin Angoras sous le nom de « White shock rabbet ». Les qualités textiles de ce lapin, fort appréciées outre manche, poussent les Britanniques à fermer leur frontière d’animaux vivants. Ce qui n’empêchera nullement, en 1723, l’introduction à Bordeaux par des marins anglais de quelques sujets qui firent souche (27).

 

            En France, au chapitre lapin tome IX de l’Encyclopédie des Sciences (1765), la coloration corporelle du lapin de garenne est finement décrite. Il est fait aussi mention d’autres teintes de pelage telles que le noir, blanc, panaché et évidemment argenté, encore appelé riche (10).

 

            Le dictionnaire raisonné universel d’histoire naturelle de notre ancien confrère Valmont – Bomare (30), tome VII, paru en 1800, s’intéresse aussi au lapin. Il en est de même pour les cours d’agriculture de l’abbé Rozier (28), en 1809, qui signale également quelques variétés.

 

            P. Boitard (5), dans son ouvrage sur le jardin des plantes, décrit, sous la rubrique « clapier », déjà utilisé par Buffon, une dizaine de variétés de lapin.

 

            Le guide de l’éducateur de lapins, écrit par Mariot – Didieux (19) au milieu du dix-neuvième siècle, comporte dix-huit chapitres.  Le lapin Bélier à oreilles tombantes y est présenté aussi bien que le Nicard, ancêtre des lapins nains , le riche ou argenté et le blanc de Chine (Russe ou Himalaya) (16). L’Angora retient spécialement l’attention de l’auteur. Il y est question de l’élevage de M. Lard, à saint Innocent, berceau de l’élevage organisé de ce lapin en France. Cet ouvrage est certainement celui qui, à cette époque, traite de toutes les questions cunicoles complètement et avec concision.

 

            Faut-il encore rappeler que C. Darwin a consacré tout le chapitre quatre de sa « variation des animaux et des plantes au lapin ». Il comporte, outre une description, outre une description ostéologique illustrée, des remarques intéressantes sur le lapin Russe (Himalaya) et aussi sur l’argenté.

 

            C. Cornevin (6), dans son traité spécifique aux petits mammifères de la basse-cour, fournit une classification des populations plus élargie encore. Il en est de même pour les livres anglais de K.W. Knight (14) et de C. Rayson (25), le premier étant fort joliment illustré.

            E. Meslay (21) clôt, en 1900, ces publications du dix-neuvième siècle sur le lapin. Ce livre de très grande qualité expose toutes les données connues à cette époque sur l’espèce. Vingt races et variétés y sont décrites. L’auteur en donne les normes et les origines ainsi que l’ensemble des caractères morphologiques : type, pelage, répartition pigmentaire entre autres. Le choix des géniteurs, la reproduction proprement dite, la nourriture, le logement, les maladies, et ce que l’on nomme le toilettage, sont commentés. Il propose même une échelle des points d’appréciation. La bibliographie est internationale et extrêmement fouillée. C’et une œuvre considérable qui fait encore aujourd'hui l’admiration des experts de tous les pays et qui n’a pas été surpassée.

 

            A la fin du dix-neuvième siècle, l’élevage du lapin est entré dans une phase de domestication avancée, tant au niveau des clapiers fermiers qui se développent qu’au sein des implantations de clapiers familiaux qui se multiplient aux abords et même à l’intérieur des villes où la sélection raciale prend corps. Un nombre particulièrement important de ces élevages est installé dans les cités minières du Nord et de l’Est. Enfin, on ne saurait oublier le rôle non négligeable des quelques châteaux qui en entretenaient ici et là de grands effectifs de reproducteurs.

 

7) Vingtième siècle

 

            Le perfectionnement déjà accompli se poursuivit encore davantage et aboutit dans le premier quart de notre siècle à l’obtention de populations mieux caractérisées ainsi qu’à la création de nouvelles races et variétés.

 

            Des sociétés d’élevages virent le jour, conduites par des personnalités marquantes. Les réunions se multiplièrent et les concours d’animaux furent organisés dans le but d’améliorer les cheptels de reproduction. Tout ceci, à l’instar de ce qui était réalisé chez d’autres espèces et dans d’autres pays européens où le lapin était apprécié tant pour son apport alimentaire ou pour sa fourrure que pour satisfaire la passion de sélectionner des animaux.

 

            Le lapin Argenté de Champagne, dont l’ancêtre fut le Riche déjà cité, attira les faveurs tant des éleveurs que des ramasseurs de peaux de la région de Troyes avant la première guerre mondiale. L’expression « avoir de belles riches » était courante chez les vieux chineurs ramasseurs pour définir les meilleures peaux. Des créations très remarquées furent enregistrées dés cette époque. Ce fut le cas des lapins havane et grand Russe de J.J. Lemarié, qui exploita soixante ans durant un clapier d’importance près d’Evreux ; du Blanc de Bouscat, créé par P. Dulon en Gironde, à partir de l’Argenté de Champagne, de l’Angora et du Géant des Flandres. Mme E. Bernhard, châtelaine du Calvados, qui avait un clapier de près de Mille sujets et plusieurs populations en sélection, créa un animal blanc aux yeux noirs, le Blanc de Hotot. J. Dybowski obtient, en région parisienne, un lapin dont le pelage imitait celui du Chinchilla. A. Renard à partir d’un peuplement de terroir dans l’Yonne, mit au point le Fauve de Bourgogne. Une mention spéciale pour le Castorrex mérite d’être faite (17) ; ce lapin au pelage velouté, qui a été isolé dans la Sarthe par l’abbé Gillet dans les années vingt de notre siècle, a permis ensuite l’obtention de tous les Rex de couleur variée. Cette liste non exhaustive présente d’autant plus d’intérêts que des procédés reproductifs différents (1) furent utilisés pour obtenir des races aux caractères bien déterminés non seulement quant à la pigmentation (2), mais aussi pour le pelage et pour le type.

 

            Ce travail de perfectionnement zootechnique, qui toucha également certains autres territoires européens, engendra un mouvement d’exportation considérable vers tous les pays, y compris l’Amérique. Les Castorrex et autres Rex, après la période de mise au point, profitèrent de cette situation. Leurs principaux élevages, avec, à leur tête, l’élevage Sainte-Marthe dans la banlieue Parisienne, établissement cunicole le plus important de France (10000 sujets) avant la deuxième guerre mondiale, expédièrent ainsi nombre de géniteurs.

 

            Un autre exemple d’exportation à partir de l’Allemagne nous est fourni par ce que J. Sandford (29) a appelé « l’expérience Russe ». Il s’agissait, dans la décennie 1920/1930, de réaliser d’urgence d’immenses fermes d’Etat avec lapins pour nourrir, en fait secourir, des millions d’habitant d’URSS et, en même temps, les vêtir avec des fourrures ! Je passe ici sur tout ce que cela a entraîné comme investissements de toutes sortes, avec tous les rites inhérents au régime soviétique et dans un contexte d’effroyable détresse. Ce fut un exemple flagrant d’énormes mouvements d’animaux répétés.

 

            J. Sandford a parlé de multiples convois par rail en provenance de Hambourg. Il se trouve que mon regretté ami F. Joppich, éleveur et expert international de renommée mondiale en lapin, avait alors accompagné des sujets vers la Russie, par voie maritime et souvent au milieu des glaces pour aboutir à Riga, port d’accès plus facile que Léningrad. Il m’avait conté ses aventures d’alors, il y a quelque vingt ans. En 1970, il avait été invité à visiter des élevages en URSS, qui descendaient peut-être de ces anciens convois !

 

            Aujourd’hui, toutes les races et variétés de lapins sont répertoriées dans des livres de Standard (3) périodiquement revus avant leur réédition, ils s’harmonisent au plan international en même temps qu’ils deviennent toujours plus éducatifs.

 

            L’Allemagne, dont la cuniculture est extrêmement développée au niveau de l’exploitation des races, a profité de sa réunification pour constituer rapidement une organisation unique de grande vigueur. La récente présentation de lapins de race, qui a eu lieu cet hiver à Essen, alignait vingt-quatre mille sujets.

Quelques semaines plus tard, fin janvier 1994, s’est tenue à Lucerne la traditionnelle exposition triennale de reproducteurs lapins mâles de Suisse, qui a regroupé six mille animaux, un par éleveur. C’est assez dire l’importance de la cuniculture helvétique, par ailleurs fort bien organisé.

 

            A titre indicatif, il est bon de préciser que le plus grand rassemblement de sujets vivants de tous les temps a eu lieu à Sttuttgard en 1987, avec trente-six mille lapins ! Tous ces chiffres sont suffisamment éloquents pour prouver la bonne tenue actuelle de la cuniculture classique en Europe.

 

            N’oublions pas, en effet, que l’ensemble de tous ces cheptels raciaux constitue encore aujourd’hui le fondement de tous les schémas de la sélection de l’espèce utilisés dans les élevages commerciaux.

 

            Une dernière et insidieuse question peut venir à l’esprit : la domestication du lapin, qui semble de plus en plus se situer au dix-neuvième siècle (9,33), est-elle achevée, Eu égard à la vie actuelle de l’espèce et à ce qui peut parfois s’assimiler à une sorte de morronnage, avec certaines formes de repeuplement, nos nous rallierons encore une fois à R. Delort (9) pour penser que la domestication demeure ici un phénomène en cours.

 

Jacques ARNOLD « Lapins & lapereaux A.E.L.F.B. N° 125 de 1995 »

 

Références Bibliographiques

(1)     ARNOLD J.1981. histoire de quelques races de lapins, Ethnozootechnie, 27, 61, -ç.

(2)                 ARNOLD J. 1984. Les modèles de pigmentation chez le lapin, Cunisciences, 2, 3, 1, 11.

(3)                 ARNOLD J. 1990. Patrons colorés, standards et évolution raciale chez le lapin, Ethnozootechnie, 45, 89, 98

(4)                 BIJU-DUVAL C.1992. Diversité de l’ADN Mitochondrial chez les lagomorphes, Thèse, université Paris VI

(5)     BOITARD P.1842.Le jardin des plantes : description et mœurs des mammifères de la ménagerie et du muséum national d’histoire naturelle, J.J. Dubochet, Paris, 370, 371

(6)     CORNEVIN C. 1987. Traité de Zootechnie spéciale : les petits mammifères de la basse-cour et de la maison Baillière et fils, Paris, lapins 19, 71

(7)     DARWIN C. 1879. De la variation des animaux et des plantes, trad. 2e édition anglaise, I, IV, C, Reinwald et Cie Paris, 113, 142

(8)     DELORT R. 1984. Les animaux ont une histoire, seuil, Paris, 299, 320

(9)     DELORT R. 1993. Colloque l’homme, l’animal domestique et l’environnement. Rapport introductif. Enquêtes et documents 19, ouest éditions, Nantes, 9, 19

(10) DIDEROT D. 1765. Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Paris, 9, 284, 285

(11) DONNARD E. 1982. Recherche sur les Léporinés quaternaires (pléistocène moyen et supérieur, holocène), Thèse 3e cycle université Bordeaux I (N° 1764)

(12) DUBOIS D. et PUJOL R.1981. Ethnozootechnie du lapin, Ethnozootechnie, 27, 89, 116

(13) ENNAFAA H., MONNEROT M., EL GAAIED A. And MOUNOLOU JC.1987. Rabbit mitochondrial DNA : préliminary, comparaison between some domestic and wild animals, GSE 19, 3, 297, 288

(14) KNIGHT K.W. 1889. The book of the rabbit, 2e édition, upcott Gill, London, 1, 48

(15) LEBAS F., COUDERT P., ROUVIER R., De ROCHAMBEAU H. 1984. Le lapin élevage et pathologie, collection FAO, production et santé animale 19, Rome, 1, 298

(16) LIENHART R. 1954. Contribution à l’étude de l’hérédité du lapin Himalaya, Société Biologique, séance du 6 juillet, tome CXLVIII, 1475 

(17) LIENHART R.1962. Etude sur le lapin Castorrex, Société Lorraine des Sciences, 2, G. Thomas, Nancy, 1, 19

(18) LUNEAU DE BOISJERMAIN P. 1978. De l’éducation des lapins, Paris, 1, 125

(19) MARIOT-DIDIEUX 1860. guide pratique de l’éducateur de lapin, 2e édition, Bourdier, Paris, 1

(20) MEGNIN P. 1903. Le lapin et ses races, 2e édition, bibliothèque de l’éleveur, Paris, 1, 229

(21) MESLAY E. 1900. Les races de lapins, Frécourt, Flers de l’Orne, 1, 320

(22) MONNEROT., VIGNE JD., BIJU-DUVAL C., CASANE D., CALLOU C., HARDY C., MOUGEL F., SOUGUER R., DENNEBOUY N., MOUNOLOU JC., rabbit an Man : Génétic and historic approach, colloque BRG 1993, sous presse.

(23) PAGES MV. 1980. Statut du lapin de garenne, Oryctogalus cuniculus, L.1758, dans certains travaux du Languedoc, Mém. Trav. EPHE inst. Montpellier, 12, 1, 112.

(24) PLINE C. 1845. Histoire des animaux, traduction française par Gueroult, Lefèvre, Paris, 1, 664.

(25) RAYSON C. 1872. Rabbits for prizes and profit, the Bazaar, London, 1, 120

(26) ROUGEOT J. 1981. Origine et histoire du lapin, Ethnozootechnie, 27, 1, 9.

(27) ROUGEOT J. et THEBAULT R.G. 1984. Le lapin Angora, le Point Vétérinaire, Maison Alfort, 1, 180

(28) ROZIER abbé 1809. Cours complet ou dictionnaire universel d’agriculture pratique et domestique et de médecine vétérinaire, 4 paris, 305, 310.

(29) SANDFORD J. 1992. Notes on the history of the rabbit, J. Appl. Rabbit res 15, 1, 28.

(30) VALMONT-BOMARE 1800. Dictionnaire raisonné universel d’histoire naturelle, 7, Bruyset aimé, Lyon, 101, 103.

(31) VIGNE J.D. 1988. Les mammifères post-glaciaires de Corse-Etude archéologique, CNRS, Paris, 1, 337.

(32) VIGNE J.D. 1988. Données préliminaires sur l’histoire du peuplement mamalien de l’îlot de Zembra (Tunisie). Mammalia, 52, 4, 567, 574.

(33) ZADORA-RIO.E 1986. Parcs à gibier et garennes à lapins ; contribution à une étude archéologique des territoires de chasse dans le paysage médiéval, in hommes et terres du nord, 2, 3, 133, 139.

(34) ZEUNER F.E. 1963. A history of domesticated animals, 19, thesmall Rodents : the rabbit, Hutchinson, London, 409, 415.

* où acheter des lapins Fauve de Bourgogne

* vendeurs de lapins Fauve de Bourgogne

* fournisseurs de lapins Fauve de Bourgogne

*Club du lapin Fauve de Bourgogne